3) Soulager, consoler …

Car l'esprit dans lequel veulent travailler ces veuves chrétiennes, c'est d'abord celui qui manifeste la plus grande humanité, la plus grande compassion. "Nous avons remplacé ces jours-ci les malades que le bon Dieu a appelées à lui par d'autres presque non moins dignes de compassion que celles qui sont parties, entre autres une pauvre femme de près de 80 ans qui a une plaie chancreuse à la lèvre supérieure et de plus était à son arrivée si couverte de vermine qu'on ne savait trop par quel bout la prendre", écrit Madame Garnier le 14 octobre 1847 . 

Ce qui compte pour elle, c'est le bien-être de ses malades pour lesquelles elle a "des délicatesses, des faiblesses charmantes : Vous les gâtez, lui dit-on... Un jour arrive à l'hospice une saltimbanque dont le passé moral est sans équivoque. Son corps tombe littéralement en décomposition, oblige à des pansements multiples et affreux. Dans sa révolte de se voir réduite à un état si lamentable, elle déclare que cette possibilité seule lui restant de jouir encore de la vie, elle prétend du moins bien boire et bien manger et, d'un sans-gêne surprenant, elle réclame des huîtres et du bordeaux. L'infirmière s'étonne, se scandalise sans doute : des huîtres?  Elle-même n'en a peut-être pas, dans toute sa vie, mangé deux fois. Mais Madame Garnier, mise au courant, descend acheter le plat réclamé et sert elle-même la malade selon tous ses caprices. Au quatrième repas, la malade fond en larmes, vaincue …" .

Ce qui compte, c'est aussi le bien commun et non une quelconque recherche de satisfaction personnelle : "Avoir toujours le bien de l'œuvre en perspective, ne point avoir en vue sa perfection pour soi-même mais pour le bien commun. Vie de dévouement absolu. Perdre de vue ce moi, ce mieux … qui rapporte tout à lui". Elle apprend pour elle-même - et elle l'apprend aux Dames qui lui sont associées - à vaincre ses répugnances "pour faire place à la reconnaissance d'une part et faire naître la tendresse et l'amour pour ceux-là même qui ne nous inspiraient que repoussement et dégoût" .De nos jours, on parlerait peut-être d'un principe de solidarité humaine !

Le moral des malades préoccupe Madame Garnier. "Dans la mesure du possible, elle veut épanouir les pauvres êtres que leurs terribles maux tendent à renfermer sur eux-mêmes, maussades ou désespérés. Les soins physiques, bien sûr, le bien-être matériel pour que la souffrance trop violente ne risque pas d'étouffer toute bonne disposition intérieure. mais avec un sens psychologique très aigu … elle cherche à les distraire … Quand elle veut faire oublier un instant leurs maux à ses malades, il lui arrive de leur donner l'occasion d'une récréation en les entraînant, par exemple, dans un chant en chœur dont elles reprennent joyeusement le refrain… Naturellement, elle attribue tout le bien qui se fait à la grâce divine et aux exhortations du prêtre, mais nous savons par ailleurs quel rôle elle joue personnellement" . Elle sait reconnaître la grandeur d'âme de ses protégées et en tire sans nul doute profit pour elle-même. Un seul exemple suffira : "Une pauvre sainte fille, accablée d'infirmités dans tout son corps, rongée par une gangrène sans remède, n'était plus qu'une plaie, et pourtant elle était d'une humeur charmante, édifiant tout le monde par sa patience, sa douceur, son calme, sa sérénité" .

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