2) Qui sont ces pauvres ?

C'est cette femme découverte fin 1841 dans un des quartiers les plus pauvres de la ville, couchée dans un taudis innommable, abandonnée de tous, couverte de plaies infectes. La méfiance tenace des premiers jours finit par céder devant la bonté de celle qui la visite quotidiennement, balaye le taudis, panse les plaies ; Madame Garnier réussit enfin à la faire accepter à l'hôpital où elle mourra quelques jours plus tard, réconciliée avec les hommes et avec Dieu. C'est aussi cette autre femme, connue sous le nom de "Marie la brûlée", couverte de plaies elle aussi. "Sans aucun espoir de guérison, pensant trouver plus de secours dans une grande ville, elle vint à Lyon, mais aucune maison hospitalière ne voulut l'accepter et elle finit par échouer dans une espèce d'écurie". Un jour où cette femme mendiait son pain, Madame Garnier la rencontre et décide de ne plus l'abandonner. "Elle la prend avec elle, l'installe dans une chambre qu'elle loue à son intention, et se fait son infirmière. Peu après, elle découvre deux autres femmes à demi envahies par le cancer et non moins misérables. Elle les recueille de même et les joint à la première".

Nous sommes en 1842. Madame Garnier a décidé deux amies, veuves comme elle, à former avec elle l'embryon de l'association de veuves à laquelle elle rêve et qui "aurait pour but, outre la sanctification personnelle, l'assistance des incurables délaissées" .

C'est le 8 décembre 1842 qu'elles consacrent la société naissante à Jésus, par Marie :  l' Association des Dames du Calvaire est née, encouragée par le Cardinal de Bonald, Archevêque de Lyon. Le but est précisé davantage dans une notice écrite par la Maison de Paris en 1881 : "faire des veuves une grande famille par une communauté de prières et de saintes œuvres…

A cette fin, l'Association reçoit dans son Hospice des femmes incurables atteintes de plaies vives qui ne peuvent trouver place dans les hôpitaux ou qu'on n'y garde pas parce qu'on est impuissant à les guérir". une maison est louée sur les hauteurs de la ville, dans le quartier Saint-Irénée, "de la Saint-Jean-Baptiste 1843 à la Saint-Jean 1848". Les trois malades y sont transférées le 3 mai, jour de l'Invention de la Sainte Croix. La première Maison du Calvaire vient donc d'ouvrir ses portes, confiée à la direction de Madame BURTIN, et la journée se termine par "un repas de famille". Il est intéressant de noter que dès le début la convivialité fait partie, pour ainsi dire, de la règle de vie.

Il semble que très vite l'œuvre suscite de l'intérêt et attire les dons … les malades aussi ! Il faut chercher plus grand. "Enfin, au mois de juillet 1853, Madame Garnier, avec les ressources qu'elle avait recueillies et l'appui que lui prêtèrent des personnes notables de Lyon, put acquérir, près de Fourvières, un vaste emplacement et y établir une installation définitive. Les incurables étaient alors au nombre de cinquante" . En 1904 la maison en comptait déjà presque le double, selon le même auteur ! Mais peu importent les chiffres. L'important est de noter que, de toutes façons, l'œuvre s'est beaucoup développée en dix ans. Maxime du Camp donne, quant à lui, un peu plus de précisions : "On avait utilisé tant bien que mal d'anciens bâtiments, mais ils devenaient insuffisants à mesure que l'œuvre se dilatait, et Madame Garnier ambitionnait d'avoir un véritable hospice, construit sur ses plans, aménagé pour le service des incurables et assez vaste pour permettre de ne jamais fermer la porte aux postulantes. Elle apprit qu'un vieux domaine, nommé le clos de La Sarra, situé sur les coteaux de Fourvières, était à vendre … Tout autour s'étendait un terrain où bien des bâtisses pouvaient trouver place … le marché fut conclu … On était propriétaire du clos, on avait de quoi bâtir et l'on se mit au travail …

L'installation nouvelle était terminée ; de grands dortoirs, un jardin, des ombrages, de l'air et du soleil donnaient à l'hospice une ampleur et des facilités de service que l'on ne connaissait pas encore. On en prit possession le 2 juillet 1853". L'espace, l'environnement, les "facilités de service", tout contribue déjà au bien-être de celles que la société rejette à cause de la maladie qui les défigure et rend leur présence insupportable à beaucoup.

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